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Antoine de Saint Exupéry
Terre des hommes
(Gallimard)
"Et si même le voyage est un voyage heureux, le pilote qui navigue quelque part, sur un tronçon de ligne, n'assiste pas à un simple spectacle. Ces couleurs de la terre et du ciel, ces traces de vent sur la mer, ces nuages dorés du crépuscule, il ne les admire point, mais les médite."

"Déjà je baignais dans l'embrun, je mordais déjà, pilote de ligne, à la pulpe amère des nuits en vol."

"Souvenez-vous : Au-dessous des mers de nuages... C'est l'éternité". "Nuits aériennes, nuits du désert. Ce sont là des occasions rares, qui ne s'offrent pas à tous les hommes".
"On fait un travail d'homme et l'on connaît des soucis d'homme. On est en contact avec le vent, avec les étoiles, avec la nuit, avec le sable, avec la mer. On ruse avec les forces naturelles. On attend l'aube comme le jardinier attend le printemps.
 
On attend l'escale comme une terre promise, et l'on cherche sa vérité dans les étoiles".
 
 
 
   
Joseph Kessel
Joseph Kessel (1898-1979), de l'Académie française, est né à Clara (Argentine), de parents russes.
Il est l'auteur de : L'Equipage, Mermoz, Tous n'étaient pas des anges, Belle de Jour, La Rose de Java, Le Lion, Les Cavaliers, Les Mains du miracle, et du grand cycle romanesque : Le Tour du malheur.

Voici, par exemple ce qu'il écrivait le 13 mars 1938, à propos de son livre Mermoz :

"Sans ton secours, Jean, je n'eusse pas été capable d'aller jusqu'au bout de ce livre. Tant que j'ai suivi ta route, j'ai senti ton rire, ta tristesse, ta force et ton élan. J'ai été presque heureux. Je te remercie pour ce que tu m'as forcé d'apprendre mot à mot ton histoire et celle de ta cohorte ailée. Je n'en connais pas de plus belle.
Mais ce matin, tu meurs une seconde fois.
J'ai peur de nouveau.
Me suis-je trompé souvent ? T'ai-je trahi ? M'était-il permis de tout dire de ce que j'ai dit ?
Pourquoi ne peux-tu pas mettre ta main sur mon épaule ? Cela suffirait pour me rassurer.
Nous devions raconter ton existence ensemble. Seul, j'ai employé à ce récit tout ce que j'ai pu apprendre d'un métier qui chaque année me désespère davantage.

 
 
Rien ne parvient à reproduire la vibration touffue de la vie. J'ai apporté à écrire toute mon honnêteté. Et tout mon amour pour toi.
 
Hélas! il n'était pas en mon pouvoir de faire davantage.
 
   
Commandant Gambade
Lucien GAMBADE
Pilote chez Latécoère en 1922
"Daurat... c'était Daurat ! C'était un meneur d'hommes. Il était très dur... et l'aviation, nous avions cela dans la peau ! C'était entre copains.
Tu vois... çà c'est difficile... tu ne l'as pas fait ? Moi je le ferais.
Ce n'était pas pour les articles des journaux, parce qu'en ce moment, les journalistes ne nous interviewait pas.
Ce n'était pas pour de l'argent, parcequ'il nous est arrivé de travailler trois mois à la Compagnie Aéropostale sans être payé.
Ce n'était pas pour la gloire...
C'était pour le panache !

Il fallait avoir vingt ans pour faire ce que nous faisions.
Je vais vous raconter un courrier que j'ai fait : mon premier pilotage sans visibilité.
Vous savez... avec Daurat, il fallait y arriver... marche ou crève ! Le courrier... il fallait qu'il arrive, mauvais temps, pas mauvais temps... il ne voulait rien ssavoir ! Il fallait que le courrier soit là!
Un jour, je revenais de Allicante. C'était sur un Bréguet 14. Vous voyez? c'était des avions de toile et de bois, qui n'étaient pas équipés pour le pilotage sans visibilité..."

 
 

   
 
 
   
Jean Mermoz
"Voler toujours, ne pas casser l'appareil et arriver"
Né dans l'Aisne à Aubenton le 9 décembre 1901 et disparu en 1936 à bord de l'hydravion Croix-du-Sud au large des côtes de Dakar, Mermoz a eu un destin unique : il fut le plus prestigieux et le plus aimé des pilotes àl'époque où l'aviation comptait encore des aventures qui tenaient de l'épopée et inspiraient au monde entier une admiration sans borne.
Kessel, son ami et son biographe dit de lui : "Archange glorieux, neurasthénique profond, mystique résigné, païen éblouissant, amoureux de la vie, incliné vers la mort, enfant et sage, tout cela était vrai chez Mermoz, mais tout cela était faux si l'on isolait chacun des éléments. Car ils étaient fondus dans une extraordinaire unité."
2 août 1936, Jean Mermoz n'a plus que quelques mois à vivre, lorsqu'il apprend la terrible nouvelle. Son ami Gaston Génin, Roger Savarit et Albert Aubert viennent de s'écraser dans le Tarn, près de Mazamet, sur la Montagne Noire. Mermoz, inpesteur général d'Air France, commandeur de Légion d'Honneur à 32 ans, ne laisse à personne, le soin, la difficulté de retrouver les corps. On n'a que deux brancards. Alors Jean Mermoz, le plus tendre des hercules, en cet instant recueilli, soulève la dépouille de Génin, la dépose sur une bâche puis la hisse sur ses épaules. Dans la longue descente de la vallée, Mermoz et Génin, une fois encore, la dernière, ne font qu'un. L'esprit de corps de la Ligne.

 
On pense à ce mot de Jean Mermoz : "L'accident, pour nous, c'est de mourir de maladie".
 
 
   
Didier Daurat
"L'Aéropostale c'était lui"
(Titre de la Dépêche du Midi - 1969)
Latécoère demande à son ami de Massimi d'aller voir Didier Daurat, alors chef de la base de Malaga et de lui demander s'il accepte de prendre en mains une exploitation devenue impossible.Didier Daurat accepte. Il arrive à Toulouse le 20 Octobre 1920.
Dès lors, tout va changer. Dès lors va commencer la légende de l'homme de fer qui fera de Didier Daurat un chef admiré par beaucoup, craint par tous, haï par certains.

Il redresse la situation et sauve la Ligne par la rigueur mais aussi par l'exemple. Il renvoie sans hésitation et sur l'heure tous ceux dont la foi faiblit. Il fait reconduire à la porte du terrain les femmes de pilotes qui viennent, sur un ton comminatoire, demander des nouvelles et dire leur sentiment sur la façon dont on en use avec la vie de leurs époux.
Mieux, il remercie immédiatement les dits époux de ces femmes contestataires. Il ouvre les portes de la Ligne à tous les jeunes loups prêts à foncer sur un mot. un signe.

En six mois la situation est redressée. Tous les jours, le courrier part de Montaudran à l'heure, quel que soit le temps et arrive à Casablanca dans les temps prévus quels que soient les obstacles. Bientôt, cette régularité, inconnue sur les autres lignes aériennes en exploitation en ces années 1920-1925, fait la renommée de la Ligne Toulouse-Maroc qui deviendra légende

 
 
avec Casablanca-Dakar et atteindra les sommets avec les prouesses extraordinaires de Mermoz et de ses compagnons dans tous les ciels de l'Amérique du Sud.
 
 
   
Jean Dabry
Navigateur de Mermoz
Traversée de l'Atlantique sud
Le 28 mai 1934 le célèbre trimoteur Couzinet « Arc-en-Ciel " effectuait sa première traversée commerciale et postale sur l'Atlantique Sud. L'équipage était composé de Mermoz, Dabry, Gimié et Collenot. Seul Jean Dabry peut encore aujourd'hui évoquer cette brillante page de l'histoire commerciale française. Depuis des années, du reste, il ne manque pas une occasion de mettre en exergue ce que fut l' « Aéropostale" et ceux à qui l'on doit la création, le développement et surtout la réputation de ce réseau. Il ne se met jamais lui-même en avant.
D'abord officier au long cours, puis pilote et navigateur, il appartient à l' « Aéropostale" dès 1928. Deux ans plus tard avec Mermoz et Gimié, il participe au record de distance en circuit fermé sur Laté.28. Il. sera l'âme de la compagnie pour le Brésil jusqu'à son entrée à Air-France en 1936 où, comme commandant de bord, il se consacre en particulier au secteur Atlantique (plus de 540 traversées) avant d'assumer de hautes responsabilités à la direction générale. Il quitte Air-France à 56 ans en 1957 avec 16000 heures de vol dont 6000 de nuit. Président d'honneur de l' APNA, et longtemps secrétaire général des « Vieilles Tiges" dont il reçut la Médaille d'or en 1976, Jean Dabry est Commandeur de la Légion d'honneur et Grand- officier de l'Ordre national du Mérite. Homme affable, courtois, volontaire, dévoué et rayonnant, il est de ceux qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes à l'aviation, soucieux de servir son prestige... ce qui lui valut la Médaille de l'Aéronautique aussi...

Texte J. NOETINGER
Air & Cosmos n° 1003 du 26/05/1984